De la nécessité de préparation des composants sanguins pour accroitre l’offre en produits sanguins à Kisangani en République Démocratique du Congo.

Batina Agasa S.1, Kambale Kombi P1.,Tebandite Kasai2, Losimba Likwela J.31. Département de médicine interne, Faculté de Médicine et de Pharmacie, Université de Kisangani2. Département de Pédiatrie, Faculté de Médicine et de Pharmacie, Université de Kisangani

3. Département de Santé Publique, Faculté de Médicine et de Pharmacie, Université de Kisangani

Citez cet article : Batina A.S., Kambale K., Tebandite K., Losimba L., transfusion du sang total et perte de l’offre en produits sanguins à Kisangani en République Démocratique du Congo : De la nécessité de préparations des composants sanguins pour accroitre l’offre en produits sanguins à Kisangani en République Démocratique du Congo , KisMéd Aout 2014, Vol 5(1) : 9-14

RESUME:

Introduction: La transfusion des différents composants sanguins réduit les risques transfusionnels et prévient la déperdition d’autres composants sanguins non indiqués. A Kisangani, le seul produit sanguin offert reste du sang total malgré le manque d’autosuffisance et la nécessité d’accroître l’offre par la promotion du don bénévole de sang en RDC. Déterminer le taux de perte de l’offre de produits sanguins associé à la transfusion du sang total à cause de manque des préparations des composants sanguins appropriés constitue l’objectif de cette étude.

Matériel et Méthode : Cette étude multicentrique transversale a été conduite de septembre 2012 à février 2013. 344 poches de sang total ont été administrées entièrement ou partiellement aux patients hospitalisés. Afin d’estimer la quantité brut de sang perdu, chaque poche avait été pesée avant puis après transfusion. Le taux brut de perte de l’offre en produits sanguins a été calculé et la perte sélective de composants sanguins estimée en fonction des indications.

Résultats : 75,3% des patients transfusés étaient des enfants âgés d’au plus cinq ans. Le paludisme (60,8%) et la drépanocytose (10,7%) ont été les indications majeures. Le taux brut de perte était de 17,8 % et la perte de PRP, PFP et de CP de 55,8%.

Conclusion : Dans un contexte de manque d’autosuffisance, rendre disponible le sang de qualité en quantité suffisante aux personnes qui en ont réellement besoin pourrait être davantage améliorée par l’usage rationnel des composants sanguins que par celui du sang total.

Mots clés : Transfusion, produits sanguins, Kisangani.

SUMMARY:

Introduction: The transfusion of different blood components reduces the risks of transfusion and prevents the loss of other blood components not listed. In Kisangani, the only blood product remains available whole blood despite the lack of self-sufficiency and the need to increase the supply through the promotion of voluntary blood donation in the DRC. Determine the rate of loss of the supply of blood products associated with the transfusion of whole blood due to lack of proper preparations blood components is the goal of this study.

Materials and Methods: We conducted a multicenter cross from September 2012 to February 2013. During this period, 344 bags of whole blood were administered entirely or partially to patients. To estimate the gross amount of blood lost, each bag was weighed before and after transfusion. The gross loss of supply of blood products was calculated and estimated based on indications selective loss of blood components.

Results: 75.3% of transfused patients were at list five years old. Malaria (60.8%) and sickle cell anemia (10.7%) were the major indications. The gross loss ratio was 17.8% and the loss of PRP, PFP and CP 55.8%.

Conclusion: In the context of lack of self-sufficiency, make available the blood of sufficient quality to people who really need it could be further improved by the rational use of blood components than that of whole blood.

Keywords: transfusion, blood products, Kisangani.

 

INTRODUCTION

La transfusion peut être réalisée par du sang total ou par l’un de ses composants entre autres les concentrés érythrocytaires, les concentrés plaquettaires et le plasma frais congelé. Les indications du sang total sont de moins en moins nombreuses car ne devrait être transfusé que le composant sanguin dont le patient a réellement besoin pour une affection spécifique (1).

Outre le bénéfice que plusieurs patients peuvent retirer des différents composants sanguins issus d’une seule unité de sang total donné, la transfusion d’un composant sanguin contribue également à réduire les risques transfusionnels pour le receveur en ne l’exposant pas à des effets secondaires liés à d’autres composants sanguins non indiqués (1,2).

A Kisangani, chef-lieu de la région nord-est de la République Démocratique du Congo (RDC), le seul produit sanguin offert par le Centre Provincial de Transfusion Sanguine (CPTS) ou même préparé dans une formation sanitaire qui transfuse est du sang total.

L’utilisation des composants sanguins appropriés plutôt que celle du seul sang total telle qu’encore en usage pourrait, outre l’amélioration de la sécurité infectieuse, faciliter l’utilisation optimale d’un approvisionnement limité en sang (1,2).

Si des études ont rapporté le manque d’autosuffisance et la nécessité d’accroître l’offre par la promotion du don bénévole de sang en RDC (3), peu des données cependant existent sur la gestion de cet approvisionnement insuffisant. En raison du contexte africain des ressources limitées, l’analyse et la compréhension des pertes éventuelles de l’offre de produits sanguins sont essentielles à une planification et une organisation optimales de l’approvisionnement en sang, à des stratégies de leur préparation et à la gestion des stocks de produits sanguins (4,5).

L’objectif de cette étude est de déterminer le taux de perte de l’offre de produits sanguins associé à la transfusion du sang total à cause de manque des préparations des composants sanguins appropriés.

 

MATERIEL ET METHODES

 

C’est une étude transversale menée de septembre 2012 à février 2013 dans le centre médical « Village de Pédiatrie », dans les services de pédiatrie des Cliniques Universitaires et des quatre hôpitaux généraux de la ville de Kisangani au Nord-est de la République Démocratique du Congo.

Le sang transfusé dans ces formations sanitaires est soit collecté et préparé par la structure sanitaire elle-même soit provient du CPTS. Ce centre qui a pour mission d’assurer l’autosuffisance en produits sanguins, assure le prélèvement des donneurs bénévoles au centre même ou en collectes mobiles et n’offrent que du sang complet dans des poches de 450 et 250 ml. Il ne réalise pas des préparations des composants sanguins appropriés. Dans l’état actuel de son organisation, le CPTS a une production annuelle d’environ 10 000 unités.

A la période de cette étude, 344 poches de sang total de 450 ml et de 250 ml ont été administrées entièrement ou partiellement, aux patients hospitalisés dans les formations sanitaires susmentionnées. Les indications de la transfusion et l’âge des patients ont été recueillis au moyen de la revue des fiches d’hospitalisation. Afin d’estimer la quantité brut de sang perdu, chaque poche avait été pesée avant puis après transfusion par la balance Salter Weigh – tronix, British patent 22 14 320 UK REGD Design I – 045 – 766, USA REGD Design D312585, manufactured by Salter England Model 235 65. Les poches de sang non entièrement utilisées avaient toujours été détruites après transfusion.

Le taux brut de perte de l’offre en produits sanguins (exprimé en %) a été obtenu en rapportant le poids après transfusion de la poche de sang partiellement transfusé sur le poids de la même poche avant transfusion puis multiplier par 100. La conversion du poids (g) en volume (ml) de sang a pris en compte la densité du sang total qui est de 1,053 (6).

La perte sélective de composants sanguins a été estimée en fonction des indications ayant nécessité un composant plutôt que du sang total sur base de quantité de principaux composants sanguins attendue d’une poche de sang de 450ml tel que proposé par Lafontaine M et Lebrun (7).

 

RESULTATS
  1. Age des patients transfusés et indications des transfusions

Le tableau 1 présente l’âge des patients transfusés ainsi que les indications des transfusions

Tableau 1. Age des patients transfusés ainsi que les indications de ces transfusions

Caractéristique Total de poches = 344
f %
Age (ans)
0-5 259 75,3
06-11 43 12,5
>11 42 12,2
Indication
Paludisme 209 60,8
Drépanocytose 37 10,7
MPC 25 7,3
Autres 73 21,2

75,3 % des patients transfusés étaient des enfants âgés d’au plus cinq ans. 71,5 % des poches de sang ont été utilisées pour le paludisme et la drépanocytose.

  1. Taux de perte de l’offre en produits sanguins

Le taux de perte de l’offre en produits sanguins est présenté dans le tableau 2.

 

Tableau 2. Taux de perte de l’offre en produits sanguins

Sang collecté Quantité (ml) %
Transfusé 90626,5 82,2
Resté dans la poche et détruit après transfusion 19665,3 17,8
Total 110291,8 100,0

Le taux de perte de l’offre en produits sanguins est de 17,8 %.

 

Tableau 3. Pertes estimées en produits sanguins

Poches transfusées Produit sanguins requis Quantités de ST transfusées (ml) Pertes en PRP ou en PFC (ml) Pertes en CP (ml)
Paludisme CG 67057 41800 10450
Drépanocytose CG 11801 7400 1850
Malnutrition CG ou ST 8051 0 0

 

 

  1. Perte sélective en composants sanguins.

La perte sélective en composants sanguins estimée est présentée dans le tableau 3 en fonction des indications de la transfusion.

L’anémie palustre et la drépanocytose étant justiciables d’une transfusion de concentré globulaire, les pertes en PRP, PFP et CP estimé étaient respectivement de 49200 ml de PRP ou de PFP (44,6% du volume transfusé) et 12300 ml de CP (11,2% du volume transfusé).

Tableau 3. Pertes estimées en produits sanguins

Poches transfusées Produit sanguins requis Quantités de ST transfusées (ml) Pertes en PRP ou en PFC (ml) Pertes en CP (ml)
Paludisme CG 67057 41800 10450
Drépanocytose CG 11801 7400 1850
Malnutrition CG ou ST 8051 0 0

 

DISCUSSION

 

Dans la présente étude, trois quart des patients transfusés étaient des enfants âgés d’au plus cinq ans. Le paludisme et la drépanocytose ont été les indications majeures : 71,5 % des cas. De la quantité du sang total préparé par le CPTS et offert aux formations sanitaires, 17,8 % restées dans la poche après transfusion ont été considérés comme perte et détruites. Par ailleurs, 55,8% du volume transfusé aurait été épargné sous forme de PRP ou PFP et de CP si le CG avait été mis à disposition des structures sanitaires par le CPTS.

Les besoins en sang de notre région, analogues à ceux de toute l’Afrique Subsaharienne sont surtout l’anémie palustre chez les enfants de moins de cinq ans, les anémies obstétricales et la drépanocytose (8).

Ces indications sont souvent posées en situation d’urgence. L’issue est fatale pour un enfant impaludé anémique sur quatre avec signes de détresse respiratoire et un taux d’Hb < 4,7 g / dl lorsque la transfusion n’est pas administrée dans les 6 heures de l’admission à l’hôpital (9, 10).

L’offre en produits sanguins est déficitaire. En 2009, le Centre Provincial de Transfusion Sanguine (CPTS) a couvert 33 % des besoins des hôpitaux (11). Les formations sanitaires sont régulièrement butées à ce problème de l’approvisionnement insuffisant en produits sanguins pour répondre à la demande des différents services.

Pour accroître l’approvisionnement en sang, le CPTS a entre autres mis en place des mécanismes pour la promotion du don bénévole de sang dans la communauté. La sensibilisation de la population a entre autres conduit à la création des associations communautaires qui militent et s’impliquent pour le don volontaire de sang. Cela permet de collecter environ soixante unités de 450 mL de sang par journée de collecte mobile.

Cependant, en situation de manque d’autosuffisance qui est celle de la ville de Kisangani en RDC, chaque gain de l’offre risque d’être anéanti par le non préparation des composants sanguins à partir du sang total donné. Dans la présente étude, une poche de sang total sur six (17,8 %) offertes et prêtes à l’utilisation dans les formations sanitaires a été perdue par manque des préparations des composants sanguins appropriés. En plus de 55,8 % du volume transfusé, cette quantité perdue aurait servi à obtenir au moins le concentré érythrocytaire et le plasma riche en plaquettes et pour plus d’un patient.

Si plus d’un patient bénéficient effectivement des composants sanguins dérivés d’une seule unité de sang total donné, cela est avantageux sur le plan de l’offre et de la demande et pour protéger également le stock général en période de pénurie (4).

En outre, la transfusion d’un composant sanguin contribue à réduire les risques transfusionnels pour le receveur liés aux effets secondaires dus à d’autres composants sanguins non indiqués.

En effet, au patient qui devrait recevoir du concentré érythrocytaire par exemple, les leucocytes contenus dans le sang total peuvent être associés à des effets secondaires comme le syndrome frisson-hyperthermie, la réaction de greffon contre l’hôte, l’alloimmunisation anti-HLA et des effets immunomodulateurs pouvant influer sur le pronostic des patients cancéreux. Aussi, certains agents infectieux intra-leucocytaires comme le cytomégalovirus (CMV), le Human T-Lymphotrophic Virus I/II (HTLV-I/II), et l’Epstein Barr virus (EBV) pourraient également être transmis en ce cas par des globules blancs contenus dans du sang total transfusé (1).

CONCLUSION

 

Dans un contexte de manque d’autosuffisance comme celle de Kisangani en République Démocratique du Congo, rendre disponible le sang de qualité en quantité suffisante aux personnes qui en ont réellement besoin pourrait être davantage améliorée par l’usage rationnel des composants sanguins que par celui du sang total.

 

REFERENCES
  1. Erhabor O, Adias TC. From whole blood to component therapy: the economic, supply/demand need for implementation of component therapy in sub-Saharan Africa. Transfus Clin Biol. 2011 Dec; 18(5-6):516-26. doi: 10.1016/j.tracli.2011.06.001. Epub 2011 Oct 28.
  2. Lund TC, Hume H, Allain JP, McCullough J, Dzik W. The blood supply in Sub-Saharan Africa: Needs, challenges, and solutions. Transfus Apher Sci. 2013 Jul 17. pii: S1473-0502(13)00221-8. doi: 10.1016/j.transci.2013.06.014. [Epub ahead of print]
  3. Batina A, Kabemba S, Malengela R : Marqueurs infectieux chez les donneurs de sang en République Démocratique du Congo (RDC). Rev Med Brux 2007; 28 :145-149.
  4. Tagny CTDiarra AYahaya RHakizimana MNguessan AMbensa GNébié YDahourou HMbanya DShiboski CMurphy ELefrère JJCharacteristics of blood donors and donated blood in sub-Saharan Francophone Africa.Transfusion. 2009 Mar 10. [Epub ahead of print]
  5. Tagny CTMbanya DTapko JBLefrère JJBlood safety in Sub-Saharan Africa: a multi-factorial problem.Transfusion. 2008 Jun;48(6):1256-61
  6. Kakaiya R, Aronson C A, Julleis J. Whole Blood Collection and Component Processing In : Roback J D, Combs M R, Grossman B J, Hillyer C D. Technical Manual, 16 th ed., AABB, USA, 2008
  7. Lafontaine M., Lebrun S. immune-hématologie, Décarie Editeur, Montréal, 1985, p. 154 – 8.
  8. Field SP,Allain JP. (2007). Transfusion in sub-Saharan Africa: does a Western model fit? J Clin Pathol. ; 60(10): 1073-5.
  9. Lackritz EM,Campbell CCRuebush TK 2ndHightower AWWakube W,et al ( 1992). Effect of blood transfusion on survival among children in a Kenyan hospital. Lancet. ; 340(8818):524-8.
  10. English M, Ahmed MNgando CBerkley JRoss A. (2002). Blood transfusion for severe anaemia in children in a Kenyan hospital. Lancet. ; 359(9305): 494-5.
  11. Centre Provincial de Transfusion Sanguine (2009). Rapport annuel d’activités. Kisangani.

 

 

 

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